13 ноября 2008
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Medvedev tend la main Obama

Propos recueillis Gorki par tienne Mougeotte et Fabrice Nodё-Langlois
13/11/2008 ` Mise jour : 07:14 ` Commentaires 4
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Dmitri Medvedev (ici, gauche, Gorki, lors de l`entretien) : "Nous sommes prts rёflёchir un systme de sёcuritё globale avec les tats-Unis, les pays de l`Union europёenne et la Fёdёration de Russie." (Crёdits photo : Prёsidence russe)
ENTRETIEN EXCLUSIF - Le chef de l`tat russe est prt abandonner sa dёcision de dёployer des armes nuclёaires Kaliningrad si le nouveau prёsident amёricain renonce implanter en Pologne un bouclier antimissile.

LE FIGARO. - M. le Prёsident, vous accordez au Figaro votre premire interview la presse ёtrangre depuis l`ёlection de Barack Obama la prёsidence des tats-Unis. Vous avez menacё de dёployer des missiles Kaliningrad. N`ёtait-ce pas placer vos relations avec le nouveau prёsident amёricain sur un mode conflictuel ?
Dmitri MEDVEDEV. - Je tiens dire que mon intervention du 5 novembre devant le Parlement n`est pas liёe aux ёlections aux tats-Unis ou des ёvёnements internationaux particuliers. Il s`agit d`un message en premier lieu usage interne. La dёcision de l`actuelle Administration amёricaine de dёployer un systme de dёfense antimissile sans avoir obtenu le consentement de l`Europe ni de ses partenaires de l`Otan est un vrai problme. Nous avons posё plusieurs reprises des questions claires nos partenaires amёricains : quoi vous sert ce systme ? Qui vise-t-il ? Sera-t-il efficace ? Nous n`avons pas reu de rёponse appropriёe. Mieux, nous avons fait des propositions sur un systme de sёcuritё globale, nous avons offert d`utiliser nos systmes radar ainsi que les systmes de nos proches alliёs comme l`Azerbadjan, sans tre entendus. Nous ne pouvons pas ne pas rёagir au dёploiement unilatёral des missiles et des radars.
Mais nous sommes prts abandonner cette dёcision de dёployer des missiles Kaliningrad si la nouvelle Administration amёricaine, aprs avoir analysё l`utilitё rёelle de systme pour rёpondre des "tats voyous", dёcide d`abandonner son systme antimissile. La premire rёaction des tats-Unis montre que la nouvelle Administration rёflёchit l-dessus. Nous sommes prts nёgocier sur une "option zёro". Nous sommes prts rёflёchir un systme de sёcuritё globale avec les tats-Unis, les pays de l`Union europёenne et la Fёdёration de Russie.
Quant mes relations personnelles avec le prёsident ёlu Barack Obama, je peux dire que j`ai eu un bon entretien au tёlёphone avec lui. Nous espёrons bien crёer des relations franches et honntes et rёsoudre avec la nouvelle Administration amёricaine les problmes que nous n`avons pas rёussi rёgler avec l`Administration actuelle.
Le nouveau prёsident amёricain bёnёficie d`un trs grand capital de confiance. Il a ёtё ёlu dans une pёriode trs compliquёe et je lui souhaite beaucoup de chance dans l`exercice de ses fonctions.
Aurez-vous l`occasion de rencontrer Barack Obama en marge de la rёunion du G20 ce week-end Washington ?
C`est une question de cuisine interne amёricaine. Aux Amёricains de dёcider de l`opportunitё pour le prёsident ёlu de participer la rёunion. En tout cas, nous nous sommes mis d`accord pour nous rencontrer sans tarder.
Demain, vous serez Nice pour un sommet Russie-Union europёenne. Certains pays membres sont toujours prёoccupёs par le maintien d`effectifs militaires russes en Ossёtie du Sud et en Abkhazie plus importants qu`avant le 7 aot. Allez-vous rёduire ces effectifs ?
Aucun texte, y compris notre accord avec le prёsident Sarkozy, ne rёglemente nos contingents militaires. Lorsqu`il s`agissait de dёbloquer la situation, nous parlions du retrait de nos forces de maintien de la paix. Mais cette ёtape est terminёe. prёsent, les effectifs et la localisation des bases militaires sont dёfinis par les accords de coopёration bilatёraux signёs par la Russie avec ces deux pays, l`Abkhazie et l`Ossёtie du Sud. Cela dans le but de prёserver la vie des habitants et d`ёviter une catastrophe humanitaire. Ce qui justifie un certain effectif.
L`indёpendance de l`Abkhazie et de l`Ossёtie du Sud est-elle irrёversible ?
Notre dёcision de reconnatre l`indёpendance de l`Ossёtie du Sud et de l`Abkhazie est irrёversible. Du point de vue du droit international, ces deux entitёs existent.
Le prёsident Sarkozy a convaincu ses partenaires europёens de reprendre les nёgociations pour ёtablir un partenariat stratёgique entre l`UE et la Russie. Qu`en attendez-vous ?
Je voudrais rendre hommage aux efforts du prёsident Sarkozy pour renforcer les relations entre l`UE et la Russie dans tous les domaines. Nous avons besoin des investissements rёciproques. L`Europe est le plus grand consommateur de l`ёnergie russe, nous sommes de grands acheteurs des technologies et produits europёens. Rien qu`avec la France, nos ёchanges s`ёlvent 16 milliards de dollars par an et progressent. Nous avons besoin de fondations solides nos relations, c`est l`objet de ce nouvel accord. La Russie a ёtё, demeure, et restera une partie intёgrante de l`Europe. Notre intёrt est d`avoir des relations aussi ёtroites que possible.
Vous participez ce week-end au sommet de Washington sur la crise. Arrivez-vous Washington avec des propositions prёcises ?
Non seulement je vais arriver avec des propositions mais je les ai dёj envoyёes au prёsident Sarkozy, au premier ministre Berlusconi, la chancelire Merkel, au premier ministre Brown. Ce n`est pas un secret, nous partageons la mme vision de la gense et de la nature de la crise. Nous devons trouver des solutions pour stabiliser durablement le systme financier et le rёformer. Comment minimiser les dёgts de la crise actuelle ? Comment ёviter la rёpёtition d`une telle crise ? Nous devons trouver les rёponses ces deux questions clёs.
La nouvelle architecture financire mondiale doit tre en premier lieu plus transparente, plus prёvisible. Il faut jeter les bases d`un nouveau Bretton Woods qui comprendra de nouvelles institutions internationales de crёdit, un nouveau systme de comptabilitё, un nouveau systme d`assurance du risque. Nous avons proposё l`idёe d`un systme d`alerte prёalable des risques, qui doit tre repris leur compte par tous les pays.
La Russie n`est pas l`abri de la rёcession ёconomique mondiale. tes-vous prts un plan massif de relance comparable par exemple celui qui a ёtё annoncё par la Chine ?
C`est un dёfi majeur. Tous les dirigeants du pays sont prioritairement chargёs de minimiser les consёquences de cette crise globale. Nous avons dёj adoptё une sёrie de mesures importantes, notamment dans le secteur bancaire dont nous avons augmentё les liquiditёs, et dans le secteur productif. Nous continuons de suivre la situation trs attentivement, ainsi que les dёcisions de nos partenaires europёens et chinois. Cependant, bien qu`il s`agisse d`une crise mondiale, il n`y a pas de recette universelle, et chaque ёconomie est diffёrente.
Pourriez-vous tre amenёs nationaliser les banques, ds lors qu`une partie de l`argent que vous injectez part l`ёtranger ?
Il y a effectivement une fuite de capitaux l`ёtranger. Pour autant, la nationalisation n`est pas la solution. Il faut sauvegarder les banques clёs du systme, celles qui assurent la circulation financire dans le pays. Il faut ёgalement protёger l`ёpargne des citoyens qui est garantie par l`tat. Si nёcessaire, nous pouvons prendre des mesures telles que des prises de participation par l`tat, comme cela a ёtё fait avec succs aux tats-Unis ou en Grande-Bretagne. Mais mme si une partie du capital des banques est transfёrёe l`tat, cela doit tre provisoire. Ces actions seront revendues sur le marchё. J`ai dit dans mon message au Parlement que nous n`avons pas besoin d`une ёconomie ёtatisёe. Nous avons besoin d`une ёconomie efficace, d`une ёconomie de marchё fondёe sur la propriёtё privёe.
La forte baisse du prix du pёtrole va peser lourdement sur le budget de la Russie. Imaginez-vous que le pёtrole puisse remonter rapidement ?
Les baisses considёrables des cours comme les hausses spёculatives dёstabilisent la situation. Bien sr, nous ne pouvons nous rёjouir quand les prix plongent en de d`un seuil jugё raisonnable par tous les pays producteurs de pёtrole. Mais notre budget est bien protёgё contre cette baisse grce notre fonds de rёserve qui permet de maintenir les dёpenses budgёtaires sociales et ёconomiques. long terme, je suis sr que la tendance du prix du pёtrole sera orientёe la hausse. Dans l`immёdiat, personne n`est capable de le dire. La science ёconomique en est rёduite tre transformёe en art.
Le prёsident russe veut rester jusqu`au bout de son mandat
Propos recueillis par . M. et F. N.-L.
13/11/2008 ` Mise jour : 07:17 ` Commentaires 1
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Crёdits photo : AP
INTERVIEW - Le chef du Kremlin tente de couper court aux spёculations d`un retour anticipё de Vladimir Poutine la prёsidence.

Vous avez annoncё l`allongement du mandat prёsidentiel de quatre six ans. Certains observateurs en ont conclu que c`ёtait un moyen pour M. Poutine de redevenir prёsident. Avez-vous l`intention d`aller au bout de votre mandat ? Excluez-vous de dёmissionner ?
Je travaille ! Pourquoi voulez-vous me pousser une telle dёcision ? (sourire). Je peux vous dire avec certitude que ces nouveaux mandats seront seulement appliquёs au candidat qui se prёsentera au scrutin prёsidentiel aprs l`entrёe en vigueur de ces amendements. La durёe du mandat des dёputёs ou du prёsident doit servir les intёrts de la nation. Voyez en France, lorsque la Constitution du gёnёral de Gaulle a ёtё adoptёe, on a reconnu qu`un septennat ёtait nёcessaire, et cette durёe a permis l`ёpoque de rёsoudre de grands problmes posёs la Rёpublique franaise. Ultёrieurement, la sociёtё franaise a jugё qu`elle n`avait plus besoin d`une durёe aussi longue, et on a raccourci le mandat prёsidentiel. Qui vivra verra. Qui peut dire ce qui se passera dans trente ou quarante ans ?
Pour bien comprendre, ce mandat de six ans s`appliquera-t-il vous ou votre successeur ?
Ces dispositions ne sont pas rёtroactives. Ces amendements ne s`appliqueront qu` mon successeur. Quant moi, mon mandat est dёfini par la Constitution en vigueur, c`est--dire qu`il est de quatre ans.
La violence semble persister dans le Caucase. Redoutez-vous un regain du terrorisme et une dёstabilisation dans cette rёgion ?
Il est prёmaturё de dire que les problmes du terrorisme dans le Caucase sont rёsolus. On ne peut les isoler du terrorisme international. Nous avons ёtё confrontёs ce problme dans les annёes 1990. Des rёgions entires de la Russie ёtaient rёgies par des bandits. Nous avons rёussi rёtablir l`ordre constitutionnel en Tchёtchёnie et dans d`autres rёpubliques. Les problmes existent dans d`autres rёgions du monde. Rёcemment, il y a eu un attentat terroriste en Ossёtie du Nord. L`objectif poursuivi par les auteurs est de provoquer des affrontements. Nous allons dёployer tous les efforts nёcessaires pour lutter contre ce flёau. C`est dans ce contexte que j`ai pris une sёrie de dёcision, visant stabiliser la situation dans cette rёgion, lui donner plus de dynamisme, et renforcer les cadres dirigeants de ces rёpubliques. Le terrorisme et la criminalitё progressent dans une rёgion aussi chaude que le Caucase lorsqu`apparaissent des forces extёrieures. La crise du mois d`aot montre que lorsque certains dirigeants "sortent de leurs gonds", ce qui leur pousse commettre une agression, cela dёstabilise une rёgion tout entire. Si la Russie n`avait pas mis de l`ordre dans cette rёgion, on ne sait pas ce qui aurait pu s`y passer. Il y aurait pu avoir un bain de sang et des actes terroristes visant provoquer des scissions au sein des tats existants.
Medvedev dans le Figaro : dёcryptage sur le bouclier
Par Fabrice Nodё-Langlois le 13 novembre 2008 7h36 ` Lien permanent ` Commentaires (0) ` Trackbacks (0)
Dans l`interview exclusive que le prёsident russe Dmitri Medvedev a accordёe au Figaro, il tend la main Barack Obama en revenant sur les menaces, profёrёe juste une semaine auparavant, de dёployer des missiles Kaliningrad, l`enclave russe aux portes de la Pologne et de l`Allemagne.
Le 5 novembre, dans son premier discours au Parlement depuis son entrёe en fonction en mai (version intёgrale en anglais), alors que le monde entier saluait l`ёlection de Barack Obama, Dmitri Medvedev a surpris en annonant le dёploiement de missiles Iskander Kaliningrad, "pour tre capable, si nёcessaire, de neutraliser le systme de dёfense anti-missile" amёricain.
"C`ёtait un discours en dёcalage complet avec la situation, commente un diplomate europёen en poste Moscou. Sur le fond, il n`y avait rien de nouveau, mais c`ёtait trs symbolique". Rien de nouveau en effet. Ds juin 2007, dans Le Figaro, Vladimir Poutine avait menacё de choisir des cibles en Europe (cette interview de Poutine fut publiёe le 4 juin 2007 et non en octobre comme indiquё par erreur lorsque l`on clique sur le lien). Le 9 juillet dernier, son tour, Medvedev avait haussё le ton en annonant que la Russie allait "rёflёchir des mesures de rёtorsion". C`est l`une de ces mesures, le dёploiement de missiles Iskander, qu`il a donc annoncёe le 5 novembre.
La version exportable de l`Iskander n`a que 280 300km de portёe. Mais il existe d`autres modles qui ont, selon les sources, 400 500 km de portёe. De quoi, depuis Kaliningrad, frapper tout le territoire polonais o doivent tre installёs les missiles amёricains.
Pour le diplomate citё plus haut, l`annonce sur les Iskander "est sans doute le reflet des dёbats durs au sein du pouvoir russe, entre les partisans d`une confrontation avec les Etats-Unis, qui permet de dёtourner l`attention vers l`ennemi extёrieur en pёriode de difficultёs ёconomiques et sociales, et les diplomates partisans d`une attitude plus conciliante". Dans son discours du 5 novembre, longuement prёparё avec ses conseillers, "c`est comme si Medvedev, ou ceux qui ont insistё pour inclure ce paragraphe avait voulu braquer d`entrёe de jeu la nouvelle administration amёricaine".
Depuis le 5 novembre, plusieurs diplomates russes de haut rang "ont corrigё le tir", "ont fait du rёtropёdalage", commente encore le diplomate europёen. Ce week-end, Medvedev a appelё Obama. Et ce matin dans le Figaro, il scelle ce ton conciliant.
Option zёro. Dans l`interview, le prёsident russe propose "une option zёro" aux Etat-Unis. Pour les plus jeunes d`entre vous, ou les lecteurs non spёcialistes, l`expression renvoie aux heures dёsormais lointaines de la crise des euromissiles des annёes 1980. A l`initiative de l`Amёrique de Ronald Reagan, les deux adversaires de la Guerre froide finirent, en 1986, par s`accorder sur "l`Option Zёro", c`est dire le retrait des missiles soviёtiques SS-20 d`Europe de l`Est et des Pershing amёricains d`Europe de l`ouest.
L`Option Zёro version 2008, si elle s`appliquait, serait prёventive puisque de part et d`autre, les missiles n`ont pas encore ёtё dёployёs.
Chicaneries diplomatiques. Alors que Dmitri Medvedev exprime son attente envers la nouvelle administration amёricaine, les reprёsentants de l`administration Bush ont ёchangё des chicaneries avec les diplomates russes. Moscou a affirmё avoir rejetё les dernires propositions amёricaines sur le bouclier antimissile visant apaiser la Russie, tandis que Washington affirme n`avoir reu aucune rёponse russe...
Lire aussi la note de ce blog sur les coulisses de l`interview.
Interview de Medvedev au Figaro: les coulisses
Par Fabrice Nodё-Langlois le 12 novembre 2008 13h30 ` Lien permanent ` Commentaires (0) ` Trackbacks (0)
C`est dans un pavillon de travail de sa rёsidence officielle de Gorki-9 que Dmitri Medvedev, le prёsident russe, a reu mardi Le Figaro.
L`interview est parue ce jeudi matin (photos Service de presse prёsidentiel).
En partageant quelques informations sur les coulisses de cette interview, mon but est de donner un ёclairage sur les conditions du travail journalistique dans cette circonstance particulire qu`est un entretien avec un chef d`Etat. "Les journalistes peuvent-ils tout se permettre?" "Tout est-il truquё, arrangё?" Quelques dёtails sur l`envers du dёcor peuvent permettre de se faire une idёe.
Le lieu. Le prёsident nous a donc reus dans sa rёsidence officielle de Gorki-9, 30km vol d`oiseau du Kremlin, et 14km du MKAD, le pёriphёrique extёrieur de Moscou. Ancienne rёsidence de Boris Eltsine, cet ensemble de pavillons dissёminёs dans un vaste bois entourё d`une triple enceinte fait partie de ces anciens refuges de la nomenklatura soviёtique qui se succdent sur la route Roublovka, aujourd`hui surnommёe "route des milliardaires" en raison de la concentration de villas de luxe.
Impressions sur Dmitri Medvedev. Le prёsident russe m`est apparu plus dёtendu que lorsque je l`avais interviewё au mois de juillet avec des confrres des pays du G8. Le jeune chef d`Etat, 43 ans, est maintenant en fonction depuis six mois. Il a pris de l`assurance, a participё plusieurs sommets internationaux, gёrё une guerre. Il s`exprime sans notes, mais a gardё un langage formel qui rappelle en permanence sa solide formation de juriste.
Le choix des questions. Dans la salle, une douzaine de personnes. Des conseillers de presse et des techniciens qui assurent l`enregistrement pour la tёlёvision russe. Natalia Timakova, l`attachёe de presse du prёsident suit attentivement sur un papier le dёroulё des questions. Comme c`est souvent l`usage avec les interviews officielles, pas seulement en Russie, nous avons envoyё quelques jours auparavant une liste de questions. Liste que nous avons un peu modifiёe juste avant l`interview pour coller l`actualitё, ce qui semblait rendre nerveuse la conseill re mais gure le prёsident.
Relecture. Le texte a ёtё relu par le service de presse du Kremlin, mercredi aprs-midi, avant parution. C`est une pratique courante, qui se justifie d`autant plus lorsque la langue de publication diffre de la langue originale. En faisant valider les propos publiёs, le journal ёvite des reproches de la part de l`interviewё du genre: "je ne l`ai pas dit comme a", "c`est sorti de son contexte", etc. Lors de la relecture, l`interviewё (ou souvent son entourage) peut tre tentё de revenir sur ses propos, jugёs soudain inopportuns lorsque couchёs par ёcrit. Cela arrive. Dans la prёsente interview, les corrections ont ёtё mineures, portant sur une ou deux tournure de langage, ou rajoutant une phrase que j`avais sciemment supprimёe pour ёviter une rёpёtition. Pour les lecteurs russophones, voir ici la version publiёe par le Kremlin.
En dёfinitive, peut-on poser toutes les questions?
Premire limite de l`exercice: le temps. Lorsqu`on sait que l`on a une heure et que l`on veut couvrir un certain nombre de sujets: Obama et le bouclier anti-missiles; le sommet Russie-Europe de Nice vendredi et la guerre de Gёorgie; la crise ёconomique et le sommet de Washington de samedi; la rёforme institutionnelle et le rle de Vladimir Poutine; le regain de violence dans le Caucase russe, il faut faire des choix, on ne peut trop s`attarder sur chaque thme.
Deuxime limite: la langue. La traduction ёtait assurёe en consёcutif. L`interprte officiel traduit aprs une ou parfois plusieurs longues phrases. Cela rёduit les possibilitёs d`interrompre, de rebondir.
Troisime limite: le format. Une heure avant l`interview, le service de presse nous a prёvenus que le format retenu ёtait un face face. Quel que soit le talent et l`expёrience de l`intervieweur, tre deux, voire trois, augmente la rёactivitё, la capacitё rebondir sur une rёponse.
A suivre dans les prochaines notes, des ёclairages pour remettre dans leur contexte les rёponses de Dmitri Medvedev sur le bouclier anti-missile et sur la crise ёconomique.
La Russie, le pouvoir et... les journalistes
Par Laure Mandeville le 10 novembre 2008 14h02 ` Lien permanent ` Commentaires (6) ` Trackbacks (0)
Merci tous ceux, bienveillants ou vertement critiques, qui ont rёagi mon prёcёdent billet, prenant le temps pour certains d`ёcrire de vёritables notes ! A l`exception de quelques uns, qui disent rver d`utilisation de poison pour faire taire les journalistes, et dont j`ai donc censurё sans hёsiter les rёactions carrёment odieuses, la plupart d`entre vous soulvent en rёalitё bien des questions qui concernent la fois l`ёvaluation de la rёalitё russe et le travail de journaliste.
Plusieurs d`entre vous s`indignent d`un blog qui ne parle que , et qui se tait sur tous les aspects de la vie en Russie, nous appelant Fabrice et moi-mme quitter Moscou pour voyager dans le pays profond et aller la rencontre des Russes heureux. Je peux d`un certain ctё les comprendre. Car ayant pour la Russie, sa langue et sa culture, un attachement ancien et trs profond, je comprends que l`on puisse s`ёnerver de voir le pays rёduit la description d`une scne politique et d`une situation ёconomique, qui sont loin d`tre rёjouissantes. Mais c`est pourtant notre travail, le but essentiel de ce blog et des articles que nous ёcrivons travers les pages du Figaro. Nous ne tenons pas une chronique touristique ou culturelle. Parfois, il m`arrive de le regretter, car la Russie reste un pays plein de gens formidables et de talents, dont nous n`avons pas, ou trop rarement l`occasion de parler.
Il faut savoir aussi que cette idёe d`un journalisme positif est un vieux dёbat, qui est loin de concerner uniquement la Russie. , martelait dёj mon patron en journalisme, Charles Lambroschini, remarquable journaliste de politique ёtrangre, qui a d`ailleurs entre autres choses ёtё correspondant Moscou.
La phrase est quelque peu exagёrёe, car nous sommes censёs en rёalitё dёceler les tendances lourdes d`un pays, la direction qu`il est en train de prendre, qu`elle soit inquiёtante ou encourageante...Mais elle rёsume aussi notre fonction : comprendre, sans hёsiter porter la plume dans la plaie.
Dans le cas de la Russie, il est vrai que le pouvoir actuel nous facilite la tche et que la tendance qui se profile au sommet de l`Etat est trs prёoccupante. Car o trouver de bonnes nouvelles ? Franchement, elles sont trs rares...Ecrasement des libertёs, corruption dёmesurёe que le prёsident Medvedev lui-mme dёnonce, main-mise de la bureaucratie d`Etat sur l`initiative ёconomique, arbitraire du pouvoir et des tribunaux...Implosion rampante du Caucase russe, qu`on nous prёsente pourtant comme par le pouvoir poutinien. Nouvelle catastrophe d`un sous-marin nuclёaire. J`ai regardё ce sujet la chronologie des accidents rёcents qui ont assombri l`histoire de la marine russe. Elle est effrayante tant les incidents et le nombre des morts est ёlevё !
L`un de vous nous affirme que lorsqu`on aime la Russie, on prie pour que ce pays s`en sorte. C`est vrai, mais notre travail en l`occurence n`est pas de prier mais d`ёcrire la vёritё. Me taxer d`exagёration sur l`ampleur de la crise financire est injuste. Allez voir ce qu`ёcrivent les principaux journaux russes sur le sujet ces jours-ci...comme Vedomosti ou Kommersant. Je suis trs en de de leurs analyses.
J`invite en tout cas tous ceux qui passent leur temps dire que la Russie va bien nous envoyer sur ce blog des histoires et des exemples concrets de ces progrs, au lieu de se contenter de fustiger nos ёcrits. Je peux vous confirmer en tout cas que loin de ne voir que Moscou, nous avons tous deux beaucoup voyagё travers ce pays. Dans les campagnes, les bourgades, les villes. Et rencontrё beaucoup beaucoup de gens.
Enfin, je suis stupёfaite de lire que et que sont dans le mme sac. C`est tout simplement faux. L`ёlection qui vient de se tenir aux Etats-Unis en est la preuve rёcente la plus ёclatante.




La reconqute russe
Par Laure Mandeville le 3 novembre 2008 16h20 ` Lien permanent ` Commentaires (28) ` Trackbacks (0)
Bonjour, cela fait des lustres que je n`ai pas ёcrit sur ce blog : vacances, crise gёorgienne, fin de l`ёcriture d`un livre sur la Russie, mais aussi, trs franchement, une certaine dёception en observant les rёactions ce blog, trop souvent faites de vocifёrations et d`anathmes contre les journalistes , et autres gentillesses qui nous sont adressёes.
Pour ceux qui ne s`expriment pas de manire aussi nёgative et qui trouvent quelque intёrt ce que nous ёcrivons, je signale toutefois la sortie de mon livre, La reconqute russe, chez Grasset, fruit d`une plongёe dans le volcan de la qui a durё prs de 20 ans. La grave crise qui s`est produite cet ёtё en Gёorgie, et la crispation nationaliste d`une violence inouie qui s`est manifestёe Moscou, semble confirmer les inquiёtudes qui y sont formulёes, quant l`ёmergence au Kremlin d`une idёologie national-capitaliste, la fois faite de cynisme et de profonde irrationnalitё. La rhёtorique des dirigeants, qui ont dit quasiment mot pour mot leur dёsir de faire de l`opёration russe en Ossёtie le nouveau de la dёfense de leurs intёrts l`ёtranger (la formulation est presque mot pour mot celle du ministre des Affaires ёtrangres Sergue Lavrov), est trs prёoccupante. De mme que la poursuite de la distribution de passeports russes en Crimёe, comme cela fut le cas pendant des annёes en Ossёtie du sud et en Abkhazie.
Pourtant, il faudra compter aussi avec le auquel se heurte la Russie, en raison de la crise financire qui la touche de manire infiniment plus violente qu`elle ne veut bien l`admettre, pour ёvaluer les futures ёvolutions russes. Un dёbat interne semble en effet battre son plein au Kremlin, fissurant la supposёe unanimitё de la direction. Le vice-ministre des Finances, Sergue Stortchak, qui avait ёtё brutalement emprisonnё pour des accusations de corruption, a ёtё tout aussi brusquement libёrё, faute de preuves...et mme rёtabli dans ses fonctions. Les pragmatiques semblent vouloir relever la tte et plaider pour une approche moins frontale face l`Occident, tandis que les faucons rvent toujours d`en dёcoudre dans l`ex-empire, malgrё les ressources financires qui fondent vue d`oeil et la baisse du prix du pёtrole. A suivre
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